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Le travail proposé par Eloïse Brunet s’est développé dans une structure d’hébergement pour des jeunes filles de 14 à 18 ans. Ces adolescentes sont retirées de leur milieu familial suite à une décision des services de l’aide à la jeunesse, des tribunaux ou d’organismes sociaux. Dans cet environnement qui leur tient désormais lieu de maison, l’artiste organise chaque semaine un atelier autour de la photographie. Les adolescentes choisissent librement d’y participer, de le rejoindre ou de le quitter à leur rythme.
Au fil des séances, un lien fort s’est progressivement construit entre elles. L’atelier photographique est devenu un espace de rencontre privilégié, où peuvent émerger des interactions inédites entre les jeunes filles elles-mêmes.
Elles ont choisi de toujours se retrouver au jardin et c’est dans ce périmètre réduit qu’elles mènent leurs expérimentations collectives. Dépourvu d’éclairage, le lieu bascule dans l’obscurité dès l’automne. Le flash devient alors leur seule source de lumière, faisant de la photographie non seulement leur mode d’expression, mais aussi leur outil pour rendre visible ce qui se joue entre elles.
Pour ce projet, Eloïse Brunet choisit de travailler avec deux formats. Le numérique et la couleur accompagnent les temps d’attente qu’elle passe de façon solitaire à l’intérieur de l’institution. Elle pose alors un regard analytique sur les murs et les pièces de mobiliers qui l’habitent. Avec l’argentique, elle ouvre un espace de collaboration avec les adolescentes qui se prêtent au jeu. L’interdiction de montrer leur - du fait de leur âge et de leur situation, devient un moteur formel et, par leurs mises en scène, différents gestes et détours, elles inventent ensemble des manières alternatives de se représenter.
Ce projet constitue le premier volet d’une recherche que l’artiste poursuit aujourd’hui dans d’autres structures accueillant des mineurs, notamment des Institutions Publiques de Protection de la Jeunesse (IPPJ). Son travail témoigne de la manière dont, au sein d’espaces fermés, des formes relationnelles et sensibles peuvent émerger, se transformer et trouver dans la photographie une possibilité d’expression.Marie Papazoglou